La perception de l'ordre du discours n'est pas une question de support

Je suis en total désaccord avec l'affirmation suivante de Roger Chartier, affirmation d'aplatissement de l'ordre des discours derrière un écran 2D souvent reprise et acceptée dans les études touchant au livre et au document numérique :

C’est un tel ordre des discours que met en question la textualité électronique. En effet, c’est le même support, en l’occurrence l’écran de l’ordinateur, qui fait apparaître face au lecteur les différents types de textes qui, dans le monde de la culture manuscrite et a fortiori de la culture imprimée, étaient distribués entre des objets distincts. Tous les textes, quels qu’ils soient, sont produits ou reçus sur un même support et dans des formes très semblables, généralement décidées par le lecteur lui-même. Est ainsi créée une continuité textuelle qui ne différencie plus les genres à partir de leur inscription matérielle. De là, l’inquiétude ou la confusion des lecteurs qui doivent affronter et surmonter la disparition des critères les plus fortement intériorisés qui leur permettaient de distinguer, de classer et de hiérarchiser les discours (Chartier Roger, « L'écrit sur l'écran. Ordre du discours, ordre des livres et manières de lire », Entreprises et histoire, 2006/2 (n° 43), p. 15-25. DOI : 10.3917/eh.043.0015.)

Un spectateur ne distingue-t-il pas sur écran un film d'auteur d'un film de commande ? Un documentaire d'une fiction ? Un court métrage d'un long ? Autant d'ordres du discours qu'un écran identique, qu'un mode technique de projection identique, ne suffit pas à confondre.
De la même façon nous ne confondons pas un bottin téléphonique et un roman, tous deux pourtant bloc de feuilles reliées entre elles. Nous ne les confondons pas plus derrière un écran.

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V V Z A S
 
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  • Dernière modification: 2019/02/18 23:09
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