Encyclopédie papier figée ?

Une encyclopédie papier présente-t-elle un résultat figé ? Non, en témoignent les millésimes propres à l'identification de tels projets éditoriaux. Ils étaient “figés” souvent pour 1 an avant d'être mis à jour. Ce type d'édition a toujours été précisément “liquide”, ou “ouvert” en écriture, mais avec la contrainte mécanique du papier.

2 changements dans le passage au numérique :

  • la temporalité de la mise à jour : permanente ou millésimée selon le projet, C'est bien ici l'éditeur et non la technique qui détermine la temporalité,
  • la question de la référence à citer qui peut demander selon le cas d'inclure jour et heure de consultation, rendant complexe l'accord entre lecteurs sur une définition, une citation, stable.
2017/11/02 17:36 · chloe · 0 Pas de commentaires

Sortir de la confusion entre lecture et projection

Un livre papier n'est pas une “machine à lire”1). Un ordinateur, une tablette, non plus. Les uns comme les autres sont des “players” : ce sont des “machines à présenter” le livre. Ils sont sur le plan logique identiques à un magnétoscope qui projette sur une télé.

Seul l'humain lit, avec comme “machine” son œil, ses doigts, ses oreilles et son cerveau (auxquels il faudrait ajouter sa culture, son vécu, etc.).

Une fois le livre (ou toute autre forme éditoriale) rendu, le mode de lecture est le même dans le numérique et le papier.

Il serait bon de revenir au terme employé il y a peu de “moteur” de blog. Application et hardware sont des moteurs de formes éditoriales variées. Ils les rendent, restituent, projettent, propulsent (selon le terme souvent convenu en bas des pages de “sites”) selon la demande de l'éditeur. Ces productions éditoriales sont ensuite lues par quelqu'un.

Vocabulaire à adopter (y compris pour l'ensemble presse/papier) :

  • rendu
  • restitution
  • projection
  • propulsion
2017/10/23 16:54 · chloe · 0 Pas de commentaires

Internet n'est pas fait pour...

le monde d’internet n’est pas fait pour être conservé, et [...] les institutions ou les outils qui s’y emploient, comme les tentatives de « dépôt légal » des sites web ou certains logiciels d’archivage sont des entreprises qui vont à contre-courant de la technique mais surtout de « l’esprit » des savoirs électroniques conçus pour la consommation immédiate et périssables dans l’échange ((Melot, M. (2010). L’avenir du livre et de la lecture à l’ère d’internet. L’Observatoire, la revue des politiques culturelles, Hors-série 3(3), 29‑33.)).

Non, en effet, Internet n'a pas été conçu pour conserver. Pas plus qu'il n'a été conçu pour consommation immédiate et périssable. Là n'était pas la question. Il a été pensé pour transférer. Aujourd'hui Internet offre toutes, ou de nombreuses, possibilités en matière de conservation. Internet n'est pas figé, il se crée tous les jours à mesure que ses acteurs y travaillent. Internet n’a pas de « nature ».

2017/10/11 12:02 · chloe · 0 Pas de commentaires

Pour une ontologie REST (ou Ressource/État(State)/Représentation ?) du document (quel que soit l'ordre de discours), fertile aussi bien dans un environnement analogique que numérique

Chloé 2017/06/13 13:22 Le tableau suivant est une évolution de celui que vous trouverez dans Le texte original, ci-après. Les changements principaux sont :

  • comparer un article à un roman (et non un journal à un roman). Un journal est une collection de textes et à ce titre non comparable avec un texte unique.
  • Nous avons distingué dans notre réflexion Publication/émission et Réception/Rendu et préféré ici nous en tenir à la publication (nous reviendrons ultérieurement sur le rendu qui fait d'une certaine façon l'objet d'un post ici).
Architecture RSR/RER (resource state representation, resource, état, représentation)Type de discours : Article de journal d'informationType de discours : Livre1
RessourceURI/nom propre de la collectionhttp://www.liberation.fr/, La page d’accueil de Libérationhttp://livres_MargueriteDuras, L’ensemble des livres de MD2
URI/nom propre d’un élément donné de la collectionhttp://www.liberation.fr/ecrans/2009/02/06/tout-le-monde-a-interet-a-transformer-internet-en-minitel_949005, «Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel», par Astrid GIRARDEAUhttp://MargueriteDuras_YannAndreaSteiner, Yann Andréa Steiner, de Marguerite Duras3
ÉtatsÉtat 1 = chemin de fer 1, URI 1Contenu du 6 février 2009 à 11:17Contenu du 7 juin 19924
PublicationsNumériqueHtml optimisé navigateur PCHtml optimisé navigateur PC5
Html optimisé navigateur TabletteHtml optimisé navigateur Tablette6
Html optimisé navigateur smartphoneHtml optimisé navigateur smartphone7
Application (nous ne sommes plus dans le Web, dans le protocole http)Application8
PDF URL du PDF en liseuse en ligne ou à téléchargerPDF9
EPUB URL du ePUB en liseuse en ligne ou à téléchargerePUB10
PapierLibération, 06/02/2009 format XX x YY, numéro 9256, p. 5, 60 lignes, 10 §, 2 colonnes.P.O.L, juin 1992, 9782867442445 . 137 pages, 181 gr, (20.5×14), numéro d’impression AAAAA11
Libération, 06/02/2009 , format XX x YY, numéro 9256, 2nd tirage, p. 5, 60 lignes, 10 §, 2 colonnes.Gallimard Education, 2001, 9782070416264, numéro d’impression BBBBB12
État 2 = chemin de fer 2, URI 2Contenu de la mise à jour du 13 août 2010 à 17h16Contenu du 24 juin 199213
PublicationsNum14
15
Papier P.O.L, juin 1992, 9782867442445 . 140 pages, 185g. numéro d’impression CCCCC16
État 3 = chemin de fer 3, URI 3Pas de 3éme étatContenu du 7 juillet 199217
PublicationsNum 18
19
PapierPas de publication papier P.O.L, juillet 1992, 9782867442445 . Z pages numéro d’impression DDDDD20
État 4 = Chemin de fer 4, URI 4Pas de 4éme étatTraduction anglaise de Mark Polizzotti21
PublicationsPapier 1st Archipelago Books ed. Brooklyn, NY : St. Paul MN, 2006, 109 pages, 978-0-9763950-8-9, numéro d’impression EEEEE22

(texte original publié le 11 mai 2017)

Dans une optique de discussion de la phrase suivante issue du très intéressant article (et travail) d'Alexandre Monnin (AM) :

Importer les concepts de la théorie littéraire ou de la philosophie du langage, où le texte et les noms propres occupent une place prépondérante, dans **un environnement technique radicalement étranger au livre, au document**, ainsi qu’à tout ce qui constitue l’ordinaire des philosophes du langage, oblige à interroger au préalable le bien-fondé d’une telle démarche((Alexandre Monnin, « La ressource et les agencements fragiles du web. La philosophie du web comme soin apporté aux choses », **Les Cahiers du numérique**

2

014/4 (Vol. 10), p. 133-177. DOI 10.3166/LCN.10.4.133-177, p.147)).

J'inverse ici la proposition et fais le parallèle entre architecture REST et une ressource telle que la page d'accueil du Monde (pour reprendre l'exemple de AM) et un livre donné, y compris dans leur rendu papier. Où le web, dans son architecture, ne semble plus être un environnement technique étranger au livre et au document…

  • Partout le terme de rendu peut être remplacé par celui d'agencement propre à AM et, ma foi, très joli !
Architecture REST(representational state transfer)type de discours : journal d'information2)type de discours : livre
RessourceURI/nom proprehttp://lemonde.fr La page du Mondehttp://gilbertsimondondumodedexistencedesobjetstechniques.com Simondon, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques
Étatschemin de fer 13) = URI 1La page d'accueil du Monde du jour A l'heure ZSimondon, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques. Nouv. éd. rev. et corr. Paris: Aubier, 2012. 978-2-7007-0428-0
ReprésentationsRendu écran dans telle configuration techniqueRendu écran dans telle configuration technique
Rendu écran dans telle autre configuration techniqueRendu écran dans telle autre configuration technique
Rendu papierRendu papier : 265 pages. Size: in 8 (22,5×14).
chemin de fer 2 = URI 2La page d'accueil du Monde du jour B l'heure YSimondon, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques. Aubier. Editions Montaigne, Paris, 1958. coll. Analyse et raisons, Ed. originale
ReprésentationsRendu écran dans telle configuration techniqueRendu écran dans telle configuration technique
Rendu écran dans telle autre configuration techniqueRendu écran dans telle autre configuration technique
Rendu papierRendu papier : in-8° broché, 268 pages, 250 g.
chemin de fer 3 = URI 3La page d'accueil du Monde du jour C l'heure XSimondon, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques. Ed. augm. Paris: Aubier, 1989. Coll L’invention philosophique. 978-2-7007-1851-5
ReprésentationsRendu écran dans telle configuration techniqueRendu écran dans telle configuration technique
Rendu écran dans telle autre configuration techniqueRendu écran dans telle autre configuration technique
Rendu papierRendu papier : in-8 broché, 333 pages
  • La ressource n'est pas moins une ombre dans les deux types de discours et dans le papier ou le numérique parce que dans les deux environnement il y a des variations diachroniques et synchroniques,
  • URI et nom propres relèvent de la même logique,
  • Une URI (ou un nom propre) désigne un objet +/- concret et/ou stable selon qu'il correspond à une ressource, un état ou à une représentation,
  • L'état correspond à la variation diachronique : variation dans le temps des contenus derrière les URI4),
  • L'état est stable mais abstrait,
  • La représentation correspond à chaque variante synchronique : négociation de contenu en fonction de la technique, des appareils, préférences, épaisseur du papier, format de la page, du miroir, de la typographie…5).
  • La représentation est concrète mais +/- évanescente,
  • L'architecture REST s'applique aussi bien au papier qu'au numérique, et à tout type de discours,
  • Dans le numérique l'évanescence des représentation est importante et pose la question de la référence. C'est l'objet de ma thèse.
2017/09/22 19:52 · 0 Pas de commentaires

Fake news et confusions édition/réseau/culture read write/etc.

En réaction au post de Calimaq : Lawrence Lessig, les dérives du web et la « mort des éditeurs »

Voici, en deux extraits, les mots de Lawrence Lessig auxquels réagit Calimaq dans son billet :

nous pensions tous que le rôle d’éditeur de contenus était un acquis [...] Eh bien nous nous sommes trompés ! Le monde entier peut publier sans éditeur. [...] D’une certaine façon, Internet – l’outil en lui-même – a tué les éditeurs. Et nous allons tous devoir résoudre cet immense problème qui a un impact très lourd sur la démocratie.

Calimaq répond en substance “Quoi, il faudrait revenir aux éditeurs gate-keepers alors que ce sont eux qui rendaient la parole rare ?!!”

Il poursuit avec les risques du filtre éditorial, l'importance et les bienfaits de la culture read/write, de la mise en réseau des individus, et de la blogosphère contre les fake news. Ce faisant il me semble qu'il mélange beaucoup de choses et je vais reprendre chacun de ces points pour montrer que :

  • Internet n'a pas tué les éditeurs, contrairement à ce qu'écrit Lawrence Lessig. L'exemple que donne Calimaq de Olivier Ertzscheid allant publier chez C&F Éditeurs le montre de belle manière,
  • les éditeurs n'ont jamais été le problème en soi mais bien (en ce métier comme en d'autres) les positions dominantes et les abus de pouvoir,
  • filtre éditorial n'est pas forcément équivalent à centralisation, comme démontré par Wikipédia.
  • un lectorat est un réseau finalement assez faible,
  • il n'existe pas en soi quelque chose qui soit “le réseau” (au sens social du terme),
  • l'accès en lecture ne constitue pas en soi de la culture read write.

Pour préciser que l'on entend pas “édition”, je propose cette typologie des modes actuels des flux éditoriaux. Chacune de ces politiques éditoriales peut s'appliquer à tous les genres et outils, dont je donne quelques exemple pour illustration du propos, sans épuiser le sujet :

  • Édition centralisée = il faut être autorisé en amont pour pouvoir éditer, publier :
    • portails de textes et revues, de livres, en accès libre ou non,
    • wikis fermés,
    • blogs d'associations, d'entreprises, etc. (par exemple Framablog, Framasoft étant l'association éditrice et garante du blog).
  • Édition communautaire hiérarchisée = tout le monde est autorisé en édition, la modération se fait en aval avec des rôles divers6). :
    • Wikipedia en est l'archétype.
  • Édition communautaire non hiérarchisée = tout le monde est autorisé en édition, sans modération :
    • Wiki ouvert non modéré.
  • Auto-édition labellisée = auteur/éditeur prescrit par une communauté
    • Blogs invités du Monde par exemple).
    • Auto-édition = auteur/éditeur non prescrit, commentaires ouverts ou fermés, modérés ou non :
    • Sites persos,
    • Wikis persos,
    • Blog sans label,
    • Micro-blogging :
      • Twitter : centralisé et modéré,
      • Mastodon : décentralisé et non modéré.
    • Pages thématiques,
      • FaceBook : centralisé et modéré,
      • Diaspora : distribué et non modéré.

    Non seulement Internet n'a pas tué les éditeurs (parmi lesquels Wikipédia ou des blogs d'associations) mais nous a amené, entre autres chose, l'âge d'or de l'auto-édition (blogs, tweets, etc.) et du courrier des lecteurs (commentaires, like et Cie), ceci étant dit avec le plus grand respect pour l'un comme pour l'autre. Chacune de ces formes éditoriales, édition centralisée comprise, présente des avantages et des inconvénients, des bienfaits et des risques.

Plutôt que de souhaiter la mort de l'une ou de l'autre, voyons si l'une ou l'autre est plus propice à l'émergence de fake news et pourquoi.

Wikipedia ou la blogosphère n'ont jamais empêché les fake news. Ces dernières ont toujours existé, dans nos livres, aussi papier soient-ils, comme dans nos blogs, parole “libre” ou “éditée”.

C'est bien plutôt une question de facilité d'écriture et de lecture qui semble être en cause. Les fake news se répandent très bien de toute éternité au moyen de tracts, pamphlets, libelles et aujourd'hui tweets. Et c'est assez logique : temps de lecture oblige, la viralité d'un livre (papier ou numérique) est moins grande que celle d'un article (billet de blog…), elle-même moins grande que celle d'un tweet.

Il semble bien que les fakes news soient le risque à prendre de l'auto-édition de “digest” :

  1. pas de réseau de co-rédaction, de relecture, de fact-cheking, de validation…, (ce que Calimaq appelle l'absence de filtre éditorial),
  2. forme courte particulièrement virale.

Aucun de ces deux paramètres n'est responsable à lui seul de l'explosion des fake news et aucune forme d'édition n'est à l'abri.

Faut-il alors réprimer l'auto-édition ou les formes digest ? Évidemment non. Le voudrait-on, on ne désinvente pas une technologie. À nous “simplement” de prendre nos responsabilités : les lire (retweeter) ou pas, les vérifier, créer des labels, façon “les blogs invités du Monde”, accepter des lieux de validation collective, des “filtres éditoriaux”, qui peuvent être communautaires ou non. L'important est qu'il existe à côté de flux labellisés des flux non labellisés garantissant l'absence de positions exclusives et dominantes, de censure.

Calimaq postule de son côté que l'absence de “filtre éditorial” permet de mieux résister aux fake news, avec pour exemple Wikipedia. Ce qui lui permet de proposer la mort des éditeurs, de l'édition centralisée, des labels et de tout ce qui s'y apparente.

Or il est faux de dire qu'il n'y a pas de filtre éditorial dans Wikipedia. Wikipedia a mis en place un système d'édition communautaire et hiérarchisé7). Il y a des rôles différents dans la correction, validation, acceptation. Donc, peut-être au contraire le filtre éditorial est-il bien une barrière aux fake news ? Et cela n'implique pas que ce filtre éditorial doive être centralisé.

D'autre part, le filtrage éditorial, même centralisé, n'est pas que censure et prise de pouvoir. Sinon pourquoi Olivier Ertzscheid irait-il publier chez C&F Editions, comme le mentionne Calimaq, et pas chez Édilivre ? Édilivre ne filtre pas les contenus, lui aurait aussi fabriqué un beau livre papier et l'aurait distribué, sous licence libre s'il l'avait voulu. Ertzscheid va chez C&F Editions pour la valeur ajoutée qu'apporte C&F Editions à l'inttention des lecteurs : l'inscription du livre dans une collection qui en contextualise le discours, dans une écurie d'auteurs choisis qui définit une communauté de qualité, etc. Ertzscheid va chez C&F Editions pour que son livre porte un label social de qualité grâce auquel le lecteur s'attend à trouver peu de fake news, justement. Et on le comprend parfaitement de rechercher ce label, ce prescripteur, cette “marque”.

Wikipédia comme C&F Editions tentent de filtrer les fake news, chacun à sa manière, et de valoriser les contenus intéressants. La co-vérification (entre un auteur et un éditeur ou comité de lecture, aussi bien que de manière communautaire) est une barrière contre la désinformation, autant que cela est possible. Cela ne remet pas en cause la possibilité de la parole ouverte et non prescrite. Il est fondamental de laisser la parole sortir librement comme il est intéressant d'avoir des réseaux de tri et de prescription, dans lesquels cette parole ouverte accepte de rentrer ou non, librement. La structure éditoriale est aussi un réseau.

Non, l'édition ne peut pas bien “aller mourir” ! Ce qui doit mourir ce sont les positions dominantes. Qu'elles relèvent d'éditeurs ou de diffuseurs. C'est une autre question et cela se reproduit actuellement dans le web, y compris dans le domaine de l'Open Access, ce qui est un comble. Ce qu'il faut combattre c'est l'exclusivité et la centralisation. Accès libre ou pas.

Calimaq s'étonne que Lawrence Lessig puisse appeler au retour de l'éditeur

lui qui fut au contraire un des premiers à décrire et à théoriser la révolution culturelle que représente la mise en réseau des individus.

Comme si

  1. l'édition était un phénomène hors réseau (hypothèse que l'exemple de Wikipedia invalide),
  2. l'accès libre à la lecture et l'écriture suffisait à mettre les gens “en réseau”.

Mais qu'est-ce qu'être en réseau ? Tweeter tout seul ? Avoir son blog perso ? Avoir des commentaires qui disent “c'est complètement faux ton truc” (si déjà on ne les modère pas !) ? Est-ce qu'avoir des likes, des commentaires, des abonnés, suffit à constituer un réseau ? Est-ce que l'auto-édition est un réseau ? Est-ce que publier chez un éditeur n'est pas aussi être en réseau ?

Un réseau, oui, mais de quoi ? Est-ce qu'avoir un lectorat épuise la notion de réseau ? Qu'en est-il des réseaux d'auteurs, de relecteurs, de références8).

Tentons de distinguer ces différents réseaux :

  • de co-auteurs,
  • de relecteurs/correcteurs,
  • de lecteurs : nombre d'exemplaires vendus, nombre de visiteurs sur un blog, abonnés à un flux, nombre d'amis,
  • de commentateurs : compte-rendus, critiques, citations, commentaires, likes, annotations,
  • de d'ouvrages/d'auteurs en tant que références, affinités : sources, bibliographie, liens vers d'autres blogs, abonnements à d'autres flux…

Si l'on reprend ces distinctions on peut nuancer la quantité de chacun de ces réseaux pour chaque flux éditorial :

Type éditorialRéseaux
co-auteursrelecteurslecteurs9)commentateursréférences
Édition centralisée+/-+++10)
Édition centralisée labellisée. Façon éditeur chez Cairn.+/-+++++
Édition communautaire hiérarchisée. Type Wikipedia.++++++++11)
Édition communautaire non hiérarchisée. Type wiki ouvert non modéré.+++++++
Auto-édition labellisée. Façon blogs invités du Monde+/-+++
Auto-édition non labellisée. Sites et blogs perso, micro-bloging.---12)

On constate que

  • il n'existe pas “Le réseau” mais “Des réseaux”,
  • il n'est ni nécessaire ni suffisant d'être en ligne pour “être en réseau”,
  • tous les types éditoriaux ne favorisent pas de la même façon tous les réseaux,
  • l'accessibilité en lecture ne fait pas “le réseau”,
  • l'auto-publication mono-auteur est de l'édition centralisée,
  • l'accès en lecture ne détermine pas à lui seul un réseau,
  • on peut s'attendre à ce que la labellisation, qu'elle soit mainstream ou underground, centralisée ou communautaire, draine un réseau de lecteurs plus important que l'édition non prescrite.

Lessig, en critiquant les fake news, et par là en particulier la pratique du micro-blogging auto-édité, critique donc une forme d'édition qui est très peu en réseau : sans aucun réseau de co-écriture, de co-relecture ni de ré écriture post publication. Seuls les réseaux de lecteurs et de commentateurs sont potentiellement très importants et, finalement, derrière les apparences, c'est un peu faible. Calimaq et Lessig devraient donc être d'accord puisque tous les deux appellent à plus de réseau : le tweet, comme le blog personnel mono-auteur, sont des formes éditoriales au réseau finalement faible, limité aux lecteurs/commentateurs.

Maurizio Ferraris ne dit pas autre chose dans cette interview :

Les «légions d’imbéciles» étaient déjà là, avant le Web. Seulement, elles étaient silencieuses : rares étaient ceux qui, ayant un accès quelconque au système des médias, pouvaient se manifester. Cette rareté n’était pas une garantie d’intelligence (il suffit de faire un tour dans une bibliothèque et feuilleter au hasard), mais donnait au moins conscience à l’auteur d’être en public. Ce qui n’est pas le cas dans le Web : tous parlent - pire, écrivent, et //Verba volant, scripta manent// - comme s’ils étaient chez eux, dans un petit comité familier et indulgent, là où ils sont sous les yeux du monde, beaucoup plus que s’ils étaient dans une bibliothèque, mais personne ne relit le texte, signale les bêtises, corrige les épreuves((Maurizio Ferraris, Liberation, http://www.liberation.fr/debats/2017/08/25/maurizio-ferraris-le-monde-est-plein-de-couillons-dont-la-majorite-pensent-etre-originaux-geniaux-cr_1591969)).

L'accès à la parole c'est très bien, mais sans réseau de relecteurs et correcteurs est-ce une fin en soi ?

Lawrence Lessig, en rappelant l'importance du réseau de co-auteurs et de relecteurs contre les fake news, le “filtre éditorial”, va-t-il à l'encontre de la culture read/write ?

Revenons aux définitions : la distinction entre culture Read Only (RO) et Read/Write (RW) consiste dans la mise à disposition ou non de sources pour ré exploitation libre. Dans la culture read/write j'ai accès à des contenus (code, texte, images, etc.) libres que je peux (dans l'idéal) étudier, modifier, dupliquer et diffuser. C'est donc une question de licence, et non de filtre éditorial, d'outil (blog ou autre) ou d'accès en lecture. Parole “libre” ou “éditorialisée”, si elle est sous copyright alors elle ne relève ni ne participe de la culture read/Write. À moins que l'on considère que l'inspiration et la citation fassent la culture read/write, auquel cas tout est culture RW.

Non, Aaron Swartz n'est pas, en tant que blogueur, un pur produit de la culture read/write. C'est un pur produit de l'auto-édition en ligne (ce qui n'est pas péjoratif). En revanche, publiant sous licence libre il est un acteur, voire un bâtisseur, de la remix culture. À l'instar de Wikipédia, qui appose pourtant un “filtre éditorial”.

On voit donc que l'absence de filtre éditorial ne fait pas la culture read/write. Pas plus que la présence de filtre éditorial ne met en danger le réseau ou la culture read/write.

Le workflow éditorial et la culture read/write ne sont pas fonction l'un de l'autre. Ils n'ont rien à voir. Et les fake news n'ont rien à voir avec cette question de licence. Rien dans les propos de Lessig ne remet en cause la culture read/write.

Pour une parole libre et contre les fake news nous avons besoin de différentes choses :

  • d'auteurs et d’œuvres qui naissent sur Internet… ou ailleurs.
  • de textes intégrés à différents réseaux : de co-auteurs, relecteurs, références et autres fact-checkers (éditeurs, individuels ou communautaires) en plus de leur réseau de lecteurs et commentateurs,
  • de lecteurs responsables,
  • de textes acceptant plusieurs “étiquettes” (prescripteurs), nativement ou après première publication “libre”, qui permettent à différents lectorats de voir dans quels environnements intellectuels ce discours en particulier s'inscrit, d'en dessiner les milieux, les réseaux,
  • et de refuser les positions dominantes. Un texte, en accès libre ou non, devrait pouvoir être hébergé et diffusé simultanément à plusieurs endroits, afin
    1. de ne pas être soumis à une seule politique de diffuseur,
    2. de s'assurer de son intégrité : un texte hébergé à deux endroits différents est moins susceptible d'être falsifié ou supprimé, ce que permet au contraire la centralisation.

    Mais nous n'avons certainement pas besoin de la mort des éditeurs. Cela n'a tout simplement aucun rapport.

2017/07/18 17:32 · chloe · 0 Pas de commentaires

Le document REST : continuité logique entre analogique et numérique

Une façon de réunir et schématiser ce que j'écrivais dans deux précédents textes, Sur la lecture directe ou indirecte et Pour une ontologie REST du document analogique comme numérique.

  • quel que soit le format du document, numérique, analogique, papier, vidéo, nous sommes toujours en lecture “indirecte”13). Il n'existe rien que l'on puisse appeler une “lecture directe”, non médiatisée, non outillée, à moins de considérer que la lecture sur un support papier avec des yeux sans lunettes en soit l'archétype. Ce qui serait d'une part arbitraire (non fondé) et réducteur, d'autre part, puisqu'il nous est impossible de lire un livre papier dans le noir, sans lampe ou lumière du jour, donc sans médiation.
  • la lecture est toujours un phénomène organique. Avant les organes de lecture, qui ne sont pas des outils, il y a des outils de représentation/rendu pour lesquels il serait bon de trouver un terme français équivalent à “player”. Ils vont de la lunette à l'écran en passant par l'ordinateur, le logiciel et jusqu'à la lumière.
  • nous pouvons ici penser la continuité logique entre les processus de fabrication, de représentation et de lecture de documents qu'ils soient papier ou numérique. Il n'y a pas de rupture logique. Il y a une simple évolution technique : simple au niveau logique et historique (nous sommes dans la continuité de l'histoire des techniques), complexe au niveau épistémologique du fait de l'implication pour la stabilité de la représentation.

Travaillant personnellement sur le texte j'ai grisé dans le schéma ci-dessous les éléments relatifs à d'autres media (image, film…) sans que cela ne représente un jugement de valeur ou n'ait d'implication scientifique.

Selon la logique schématisée nous pouvons décrire et comparer le processus de création/exploitation de tous les documents, papier et numérique, quel que soit l'ordre de discours (post, livre, article, dictionnaire, etc.) selon les niveaux suivants :

  • ressource = nom/URI,
  • état = version/édition = chemin de fer = liste finie de contenus (de données, d'arguments…),
  • représentation = médium et players,
  • lecture = le même processus logique quel que soit l'environnement technique.

Le titre de ma thèse est donc juste :

Fabrication numérique et fixation d'un état du texte dans l'édition en SHS. Aspect épistémologiques et techniques.

Il s'agit bien de s'assurer de la constance de l'état.

  • Un livre, c'est à dire une ressource au niveau le plus abstrait (Gérard Simondon, De l'existence des objets techniques) est toujours fixe,
  • L'état doit rester fixe : c'est le contenu du document, l'argumentaire, le fonds du discours,
  • La représentation qui peut être évanescente14) ou stable. Peu importe, en termes épistémologiques. C'est une question de forme et de localisation. La question de la forme n'est pas anodine. C'est en effet ce qui concerne les balises de citation (n° de page, n° de §, n°s de titres, etc.) qui va déterminé la façon de faire référence au texte d'une forme à l'autre.

L'objet de notre thèse est bien la fixation de l'état du texte : comment éviter qu'il soit modifié (le fonds du discours) sans que cela soit indiqué comme nouvel état (nouvelle édition).

2017/05/15 12:40 · chloe · 2 Commentaires

La philosophie du web

Alexandre MONNIN - vidéo Dailymotion
http://www.dailymotion.com/video/x5hbkzj_i-la-philosophie-du-web-alexandre-monnin_school

Chloé 2017/04/06 12:55 À voir, notamment sur l'architecture REST et la notion d'objet : ressource/état/représentation.

Conférence diffusée le 30 mars 2017 dans le cadre du Projet P.É.N.I.A., en partenariat avec le Programme Europe, Éducation, École.

Dossier pédagogique : http://www.coin-philo.net/eee.16-17.docs/eee.16-17_penia_prog.2016.pdf
Projet P.É.N.I.A. : https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/jcms/c_10462144/fr/penser-le-numerique-cycle-de-visioconferences-interactives

2017/04/06 12:51 · chloe · 0 Pas de commentaires

R. Chartier et le Monde de la textualité numérique

Quelques citations de Roger Chartier qui sont pour moi très symptomatiques d'une vision très peu constructiviste du “Numérique”.

La question qui se pose est : cette vision permet-elle une réflexion pertinente sur l'édition à l'heure du numérique ?

Référence : Chartier, Roger. “Qu’est-ce qu’un livre ? Grandeurs et misères de la numérisation”. Fussman, Gérard. La mondialisation de la recherche : Compétition, coopérations, restructurations. Paris : Collège de France, 2011. Web. http://books.openedition.org/cdf/1579.

Il n’en va plus de même dans le monde de la textualité numérique puisque les discours ne sont plus inscrits dans des objets qui permettent de les classer, de les hiérarchiser et de les reconnaître dans leur identité propre. C’est un monde de fragments décontextualisés, juxtaposés, indéfiniment recomposables, sans que soit nécessaire ou désirée la compréhension de la relation qui les inscrit dans l’œuvre dont ils ont été extraits.

> Cette écriture polyphonique et palimpseste, ouverte et malléable, infinie et mouvante, bouscule les catégories qui, depuis le XIIIe siècle, sont le fondement de la propriété littéraire, de toutes les pratiques et habitudes de lecture.

> unités textuelles éphémères, multiples et singulières, composées à la volonté du lecteur, qui ne sont en rien des pages définies une fois pour toutes. L’image de la navigation sur le réseau, devenue si familière, indique avec acuité les caractéristiques de cette nouvelle manière de lire, segmentée, fragmentée, discontinue, qui défie profondément la perception des livres comme œuvres, des textes comme des créations singulières et originales, toujours identiques à elles-mêmes et, pour cette raison même, propriété de leur auteur.

En résumé, voici la liste des éléments nécessaires du livre et de la lecture numérique selon Roger Chartier, et que l'on retrouve souvent ailleurs :

  • fragmentation
  • décontextualisation
  • indéfiniment recomposables, palimpseste, malléable, mouvante, composées à la volonté du lecteur
  • écriture polyphonique (collaborative)
  • ouverte
  • infinie, éphémère
  • lecture segmentée, fragmentée, discontinue

L'on m'accordera a minima que ces propos sont assez peu nuancés…

Chacune de ces assertions est une possibilité, et non une nécessité. Nous ne sommes pas dans le monde du numérique qui imposerait ses Lois à l'instar des lois de la physique (elles-mêmes régulièrement discutées et revues), mais dans l’Ère du numérique, au sens temporel. Nous pourrions même dire l'Âge du numérique. Nous avons inventé de nouveaux outils qui seront les nôtres, jusqu'aux prochaines technologies que nous inventerons. Ces outils offrent de nombreuses nouvelles possibilités (parmi lesquelles la fragmentation des textes, oui, en effet), la plupart sans doute encore impensées, mais qui précisément émaneront de notre pensée et non pas d'une nécessité numérique.

2016/12/15 12:10 · chloe · 0 Pas de commentaires

Sur la lecture directe ou indirecte

Une petite remarque sur un sujet lu et relu depuis 15 ans et qui me dérange toujours autant.


Selon de nombreux articles et réflexions il semble assez évident que sur le papier

le document est directement perceptible, c'est-à dire sans outil intermédiaire de forte technicité (sinon pour certains des lunettes)((Roger T. Pédauque. Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique. 2003. <sic 00000511>)).

Si je développe cette phrase je peux écrire sans la trahir

Une fois le texte fabriqué et livré au format papier "le document est directement perceptible, c'est-à dire sans outil intermédiaire de forte technicité (sinon pour certains des lunettes)."

Ce que les auteurs écrivent sous une autre forme qui évacue un peu rapidement la problématique

même si la production de l'imprimé passe par un fort appareillage technique, la lecture du papier est, nous l'avons dit, directe ou presque((Roger T. Pédauque. Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique. 2003. <sic 00000511>)).

alors que le lecteur numérique doit a contrario, selon les auteurs, acquérir individuellement de nombreux outils de traitement, restitution et connexion pour pouvoir lire un document.

Il y a un problème logique dans cette comparaison : on compare la lecture d'un document papier une fois fabriqué et livré à la fabrication en cours d'un texte numérique.
Si l'on prend dans les deux cas, papier et numérique, le document livré, alors la lecture ne demande pas plus d'outil dans un cas que dans l'autre si ce n'est, éventuellement, des lunettes. Nous avons dans le premier cas une fabrication/distribution très en amont du lecteur. Dans le cas du numérique elle est déplacée en partie au point d'être finalisée sur son poste individuel et en fonction de certains de ses outils : navigateur, polices de caractères, taille de l'écran, préférences choisies ou non, etc.
Le déplacement et les modalités de cette fabrication/distribution numérique a des impacts importants, et il peut en avoir sur la question de la lecture longue, courte, linéaire ou non, certes, mais il n'a pas d'incidence sur la question de la lecture directe ou indirecte. Nous lisons toujours avec nos yeux, avec ou sans lunettes. Comme sur le papier.
Il n'y a pas de différence dans l'outillage de lecture (yeux, lunettes) mais dans l'outillage et la temporalité de fabrication, livraison (qui se produit, ou se finalise, “chez” le lecteur),

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1)
Escarpit, R. (1992). Sociologie de la littérature (8ᵉ éd.). Paris: Presses Universitaires de France. Consulté à l’adresse http://ressources-socius.info/index.php/reeditions/17-reeditions-de-livres/173-i-sociologie-de-la-litterature-i
2)
Qu'il n'est plus aujourd'hui tout à fait approprié d'appeler un “quotidien”…
3)
Je reprends ici le terme issu du monde de l'édition de “Chemin de fer” qui désigne le plan de succession des éléments d'une future publication en vu de planifier sa fabrication“
6)
Louise Merzeau utilise le terme de “modèle délibératif”. À discuter, car il y a quand même des autorités finales dans Wikipédia, qui peuvent trancher en dernier lieu.
8)
le livre “est pris dans un système de renvois à d’autres livres”, “nœud dans un réseau”… . Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969..
9)
si l'on considère que l'on est en ligne les réseaux lecteur et commentateurs ont le même potentiel quel que soit le mode d'édition. Peut-être la labellisation, par un diffuseurs métier par exemple, ou donnant une validation scientifique donne-t-elle un +.
10)
Un éditeur va exiger des références en appui aux propos de ses auteurs.
11)
Voir la catégorie “Article manquant de références” dans Wikipédia.
12)
Aucun réseau de co-auteurs, relecteurs, éditeurs pour demander des sources.
13)
En contradiction avec ce que postule Roger T. Pedauque (Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique. 2003) et Bruno Bachimont (2004)
14)
Alexandre Monnin, 2014a