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Tout le monde ne sait pas « lire » un livre de la même façon

Dans son article « Ce qui s’écrit dans les univers numériques. Matières technolangagières et formes technodiscursives »1) Marie-Anne Paveau écrit

Si les énoncés hors ligne ne nécessitent pas toujours de compétences techniques spécifiques (comme le précise Vignola, tout le monde « sait lire » un livre), il n’en est pas de même pour les énoncés natifs du Web : comme l’ethnologue doit connaître son terrain de recherche et séjourner chez ses observés, le linguiste analyste des énoncés Web natifs doit détenir une culture numérique, en particulier sous l’angle de la littératie numérique, pour être en mesure de rendre compte de formes langagières composites, imprégnées de technique, qui s’élaborent dans un univers discursif liquide.

Je m'inscris en faux contre cette affirmation selon laquelle « tout le monde « sait lire » un livre », selon laquelle un livre papier ne serait pas imprégné de techniques dont la connaissance serait nécessaire au linguiste analyste des énoncés écrits. C'est précisément cette réduction généralisée dans le discours sur le livre papier, réduction au livre une fois fabriqué, livré et tenu en mains, qui rend l'analyse de l'écrit numérique si souvent primaire.

D'une part, l'univers discursif numérique n'est pas liquide ! Votre article, Madame Paveau est-il liquide, n'a-t'il pas pas un plan, un ordre clair précis et respecté dans sa publication à l'écran ? Les livre publiés chez nos diffuseurs scientifiques ou par nos quotidiens en ligne sont-ils liquides ? Une table des matières n'est-elle plus dans le numérique un outil d'encadrement fort du discours, de l'unité discursive ?

L'univers discursif numérique peut peut-être être liquide. Il ne l'est pas nécessairement et rien ne permet de l'affirmer, ou alors il faut le démontrer.

D'autre part, l'analyste des écrits papier ne doit-il pas connaître les contraintes de l'impression et de la distribution pour comprendre certaines délimitations du discours ? Tout le monde sait-il positionner un discours au vu de la collection dans laquelle il est publié, de la marque de l'éditeur, de la qualité du papier ?

Qu'est-ce que cette littératie numérique dont parle Paveau si ce n'est les tenants et aboutissants techniques (et donc économiques et sociaux) qui ont participé de la mise en lecture. Tout un chacun possède-t-il cette littératie mécanique concernant le livre papier ? Certainement non. Non, tout le monde ne sait pas lire un livre de la même façon, qu'il soit numérique ou papier. La fracture, si tant est qu'il y en ait une, n'est pas là !

En passant, Vignola écrit « Il ne serait pas audacieux d’affirmer qu’on sait assez bien aujourd’hui ce qu’est un livre »2). Or c'est précisément très audacieux !

2019/10/28 11:39 · chloe · 0 Comments

Coming out. Sortie des services Google, de Free, anonymisation VPN

Quelques années après m'y être résolue… me voilà enfin sortie des services Google (limités à Mail et Agenda) et d'un fournisseur d'accès Major. Pourquoi ne pas l'avoir fait avant ? Parce que j'avais l'impression que ça serait aride et parce que je ne voyais pas de webmail satisfaisant. Qu'est-ce qui m'a poussée à le faire maintenant ? La nécessité d'être cohérente avec moi-même et mes sujets de recherche (décentralisation du net : donner ma voix et mes euros à des acteurs indépendants pour favoriser un net et des services acentrés et fédérés), le ras-le-bol “politique” (au sens de politique de nos données, de la fiscalité de ces acteurs, etc.) et une démarche didactique (pour moi comme pour ceux qui me liront, mes amis, etc) : rendre compte de la difficulté ou simplicité, du coût de cette migration. Et puis le livre de Bortzmeyer, Cyberstructures, qui a fini de me sortir de ma paresse.

Alors voici :

service acteur avant coût acteur après coût
Hébergeur mail Google + divers (professionnel et académique, tous redirigés sur ma boîte Gmail)0Perso : ouvaton.org (+ académique (Paris-Nanterre) + professionnel (Infomaniak, Suisse) Perso : 30 €/an pour adhésion à l'association Aucune difficulté rencontrée sinon que le compte “test” était limité tant que l'on avait pas payé mais il est difficile de tester un compte limité. J'ai demandé de le débrider, ce qui s'est fait immédiatement, et j'ai payé, satisfaite.
Internet Free (fibre) 39 €/mois Franciliens.net (VDSL), sur la recommandation de FDN (je suis francilienne) 43 € TTC/mois RAS
Résiliation abonnement précédant Free 50 € - - Très rapide, 1 jour avant la date prévue… Ça surprend, de se retrouver sans réseau de manière imprévue !
Réactivation de la ligne de tel géographique, coupée il y a moins d'un an par Orange sans me demander mon avis quand je suis passée à la fibre chez Free Orange En passant commande directement auprès de Orange on me demandait 55 + 69 € Orange par le biais de Franciliens.net qui s'est chargé de la commande de réouverture. Forfait de 70 €. Frais d'Accès aux Service xDSL Il a fallu environ 15 jours pour cause de défaillance Orange dans la construction de la ligne DSL. J'ai eu F.net plusieurs fois au téléphone pour m'aider à configurer mon modem et diagnostiquer le pb, donc assistance de leur part nickel.
Modem-routeur ASUS DSL-N16 Freebox Compris dans le forfait https://www.ldlc.com/ sur la recommandation de F.net 59,90 € Commande en ligne, pas de délai notable. Tout fonctionne.
Téléphonie fixe (habitant en rdc, un peu enclavé au milieu de montagnes de 6 étages…) Free Compris dans le forfait OVH voIP 50 € de caution pour un adaptateur IP pour mon ancien téléphone À suivre
Consommation Téléphonie fixe Free Compris dans le forfait. La plupart du temps 0 surfacturation, appels gratuits vers fixe et mobiles d'intérêt en France et à l'étranger OVH voIP 9,99 €/mois. Forfait inclus vers les fixes en France et 40 pays + 3h vers les mobiles en France. Je m'attends à de la surfacturation (pour atteindre 15 €/mois au max du fait d'appels sur mobiles à l'étranger) À suivre
TV Free Compris dans le forfait, pour environ 2 € Tnt 0 ? question de câblage de l'immeuble. À suivre.
Service VPN - - Franciliens.net 8 €/mois À suivre.
Téléphonie mobile Free 15,99 €/mois Free mais hors abonné Freebox 19,99 €/mois -

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2019/03/04 17:31 · chloe

Libération : une modification pas si anecdotique

La lettre politique rédigée par Laurent Joffrin le 2 janvier 2019 à 15:08 a été modifiée ce même jour à 16:11 comme indiqué sur la page web du journal (https://www.liberation.fr/politiques/2019/01/02/qui-est-de-gauche_1700696). Un lecteur demande au service de factchecking de Libé, Checknews, plus d'information sur cette modification, ce à quoi Robin Andraca répond « Si la raison de la mise à jour n’est pas indiquée, c’est qu’elle est anecdotique. » (l'ajout d'une photo, pour des raisons de cross-media) puis « Le texte, lui, en revanche n’a pas été modifié »(https://www.liberation.fr/checknews/2019/01/03/pourquoi-la-lettre-politique-de-laurent-joffrin-qui-est-de-gauche-a-t-elle-ete-modifiee-une-heure-ap_1700823).

Cette réponse, à l'heure de la post-vérité et des fake news n'est pas anecdotique. Elle est a minima inconsciente voire quasi scandaleuse. Libération, nos média d'information en général, suffisamment au fait de ces problématiques au point de développer des Checknews et autres Décodeurs ainsi que des difficultés que posent ce genre de services centralisés dans une rédaction, laissant ainsi prise aux arguments de « non objectivité », quoi que l'on en pense, peuvent-ils se permettre de traiter la question de la correction d'article en ligne de manière aussi légère ?

  • qu'est-ce qu'une correction anecdotique ? Où commence la correction essentielle ?
  • va-t-il falloir poser la question de la nature de la correction à chaque occurrence ?
  • doit-on croire Checknews sur parole ? Comment peut-on vérifier que la correction est bien celle qui est déclarée ?
  • peut-on citer un article sachant qu'il peut demain accepter une modification qui rendra caduque notre citation ?
  • et de manière générale, comment s'assurer de nos références, de notre culture, communes dans un contexte où la source papier ne serait éventuellement plus là pour en faire foi (pensons aux média exclusivement numérique, les pure-players, ce qu'ils seront peut-être tous dans un avenir proche) ?

Est-ce que la réponse de Checknews n'aurait pas dû être plutôt « Dans un effort de transparence nous sommes en train de mettre en place un outil qui permettra d'afficher sur notre site les différences entre deux “versions” d'un même article dans le cas où il aurait été retouché. » À quoi il faudrait ajouter « La politique adoptée par notre rédaction en matière de modification d'articles publiés est disponible ici (avec renvoi vers le texte en question). »

Ce type d'outils existent et peuvent être aisément implémentés. Ils ne résolvent pourtant pas tout car à partir du moment où la base de donnée des articles est accessible à ladite rédaction il est toujours possible d'aller retoucher l'article original afin que le différentiel ne soit plus pertinent. L'idéal serait que les données soient confiées aussi à au moins deux tiers de confiance, des hébergeurs libres ayant ainsi chacun un exemplaire de la version originale faisant foi, non accessibles à l'éditeur. Le différentiel pourrait être calculé entre l'un de ces originaux conservés à l'extérieur et la dernière version en ligne.

Il faut espérer que cette « anecdote » fera son chemin jusqu'aux responsables éditoriaux de Libération comme de tout média sensible à la question de l'intégrité de l'information en ligne.

Dans le cas de cette Lettre la réponse était simple à donner car la modification était récente. Mais qu'en est-il par exemple de ce second cas : «Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel» article du 6 février 2009 à 11:17 mis à jour le 13 août 2010 à 17:16 ? Je sais pour l'avoir demandée que la réponse n'existe pas (http://www.liberation.fr/ecrans/2009/02/06/tout-le-monde-a-interet-a-transformer-internet-en-minitel_949005)… Danger.

2019/01/08 16:30 · chloe · 0 Comments

Spéciale dédicace de bonne année 2019 à « mes » devs

Devs voulant dire toute personne capable d'administrer un serveur, un réseau, ou de développer un bon logiciel avec une architecture cohérente, etc.
Donc, Éric qui s'occupe si bien de Zord, Octopuce qui m'héberge et me conseille. Les devs de Git, Firefox, Ubuntu, Debian, Thunderbird et j'en passe. Merci aux Install party de Parinux (tous les premiers samedi du mois à la Cité des sciences, Paris). Et il y a encore beaucoup de monde à remercier et à qui souhaiter encore beaucoup de bon et beau code pour 2019 !
Que ferais-je sans vous ?!

2019/01/03 14:10 · chloe

Bonne année 2019 !

Celle où j'essaye de m'anonymiser un peu en ligne. Quitter gmail, installer un VPN, etc…

2019/01/02 12:10 · chloe

Segment or perish !

J'étais présente cette semaine au colloque du Crihn (Centre de recherche interuniversitaire sur les humanités numériques) à Montréal. Programme

Je m'étonne encore une fois que les chercheurs qui invoquent le livre en tant qu'unité discursive (moi-même dans une question ou Lucile Haute au cours de sa présentation) s'entendent répondre qu'il ne faut pas surévaluer cette forme éditoriale dont la place dans l'histoire du texte n'est pas si fondamentale qu'elle doive être maintenue. Certes, est-il indispensable de la maintenir à tout prix ? Mais faut-il pour autant la dévaluer ? Il y a là une position de principe qui me dérange : « Segment or perish ». En tant que chercheurs nous ne sommes pas militants pour une forme éditoriale ou une autre. Toutes, nouvelles et anciennes, sont ou ont pu être fertiles. Et le seront peut-être encore. Qu'un éditeur, que dis-je, qu'un auteur, ou un collectif d'auteurs, veuille publier un livre en un argumentaire complet allant de l'intro à la conclusion, sans le livrer en chapitres séparés, est-il un obscurantisme, un acte rétrograde ? N'exagérons rien.

Auteurs, éditeurs, chercheurs en humanités numériques et littératures, nous produisons des formes éditoriales, des ordres de discours différents, en fonction de nos besoins rhétoriques, que les outils web permettent de raffiner à l'envi. Jouissons-en sans entraves, du « livre à la papa » au tweet cadavre-exquis !

2018/10/29 18:34 · chloe · 0 Comments

La perception de l'ordre du discours n'est pas une question de support

Je suis en total désaccord avec l'affirmation suivante de Roger Chartier, affirmation d'aplatissement de l'ordre des discours derrière un écran 2D souvent reprise et acceptée dans les études touchant au livre et au document numérique :

C’est un tel ordre des discours que met en question la textualité électronique. En effet, c’est le même support, en l’occurrence l’écran de l’ordinateur, qui fait apparaître face au lecteur les différents types de textes qui, dans le monde de la culture manuscrite et a fortiori de la culture imprimée, étaient distribués entre des objets distincts. Tous les textes, quels qu’ils soient, sont produits ou reçus sur un même support et dans des formes très semblables, généralement décidées par le lecteur lui-même. Est ainsi créée une continuité textuelle qui ne différencie plus les genres à partir de leur inscription matérielle. De là, l’inquiétude ou la confusion des lecteurs qui doivent affronter et surmonter la disparition des critères les plus fortement intériorisés qui leur permettaient de distinguer, de classer et de hiérarchiser les discours (Chartier Roger, « L'écrit sur l'écran. Ordre du discours, ordre des livres et manières de lire », Entreprises et histoire, 2006/2 (n° 43), p. 15-25. DOI : 10.3917/eh.043.0015.)

Un spectateur ne distingue-t-il pas sur écran un film d'auteur d'un film de commande ? Un documentaire d'une fiction ? Un court métrage d'un long ? Autant d'ordres du discours qu'un écran identique, qu'un mode technique de projection identique, ne suffit pas à confondre.
De la même façon nous ne confondons pas un bottin téléphonique et un roman, tous deux pourtant bloc de feuilles reliées entre elles. Nous ne les confondons pas plus derrière un écran.

2018/10/16 16:23 · chloe · 0 Comments

#Je cherche un texte, pas un livre

À la lecture du très intéressant article de Valérie Lelièvre, « La page : entre texte et livre »3), je relève notamment la phrase suivante :

On achète un livre ; bien sûr, il ne viendrait jamais à l’esprit de quiconque d’acheter un texte. Quand on entre dans une librairie, on cherche un livre ; quand on ouvre un livre, on cherche un texte.

Je ne suis pas d'accord. Quand on entre dans une librairie, on cherche un texte, pas un livre. On ne cherche pas un objet (auquel cas on pourrait aussi bien acheter un annuaire téléphonique) mais un texte à lire, que l'on sache par avance lequel ou bien que l'on s'en remette à notre inspiration devant les rayonnages.
On achète alors ce texte sous forme de livre, papier ou numérique, peu importe, que l'on réduit à « ce livre », et quand on ouvre le livre on y trouve en effet le texte recherché.

On achète toujours un texte, sous une forme ou une autre. Raison pour laquelle l'ordre du livre, qui est une forme d'ordonnancement du discours par l'auteur, est soluble dans le web. Il ne dépend pas de la forme géométrique.

Ce changement de point de vue n'altérant en rien la suite de l'article de l'auteur et ses remarques sur la lecture, qui « n’est pas simplement un rapport entre un lecteur et des mots qui défileraient sous ses yeux.»

2018/08/04 17:46 · chloe · 0 Comments

#Décentralisation des données de la recherche

D'aucuns s'inquiètent de l'usage qui peux être fait de la mesure des publications d'articles scientifiques et de leur audience. Ces usages peuvent aller de la sociologie et de l'histoire des sciences à… la quantifications néo-managériales ou au marketing académique (voir annonce du séminaire Séminaire PDS / EHESS.

Faut-il donc refuser de transmettre ses publications, métadonnées seules ou avec document consultable à une plate-forme les centralisant ? HAL est ce type de plate-forme, avec pour mission l'accès libre. Or que l'accès soit libre ou fermé n'empêche pas la centralisation et les craintes qui peuvent l'accompagner.

Comment alors accepter ce “moissonnage” exhaustif, à destination de certains usages et à la fois garder l'autorité sur l'usage qui en est fait ? On peut penser aux modalités techniques suivantes :

L'architecture actuelle dans bien des cas :

  • l'institution/labo publie des articles. Elle ne les offre pas en consultation mais chacun des auteurs transmets infos et fichiers à l'agrégateur de manière indépendante. Le gain pour l'institution comme pour chacun des auteurs consiste dans un meilleur signalement et une meilleure accessibilité de son travail.
  • le (ou les) agrégateur(s) (tel que Hal) remplit ses missions de signalement, de mise en consultation et de mesures, avec la plus grande exhaustivité possible.

Imaginons l'infrastructure alternative suivante :

  • l'institution/labo possède et déploie de son côté un CMS de consultation de ses publications (idéalement une application libre, dont le développement et la maintenance est mutualisé entre toutes les institutions de recherche, y compris les agrégateurs publiques). L'institution devient autonome en termes de signalement/consultation de son travail auprès des chercheurs/lecteurs.
  • le CMS de l'institution est fédéré avec le SI d'un ou de plusieurs agrégateurs/diffuseurs, auxquels les sources peuvent également être transmises, agrégateurs qui ont pour mission un signalement exhaustif, une consultation et la fouille de données dans un corpus plus large voire complet, ainsi que la mesure des usages sur ces données.

Les données étant consultées à la fois chez l'institution et chez l'agrégateur, une mesure d'usage exhaustive demande que l'institution transmette ses données d'usage à l'agrégateur qui les ajoutera aux siennes.

Imaginons alors que l'institution se trouve en désaccord avec l'exploitation faite par un agrégateur de ces données et mesures. L'institution étant autonome sur le plan du signalement et de la consultation de ses travaux elle a peu ou pas à perdre en coupant les protocoles d'échange avec l'agrégateur : fin de la transmission des sources et des mesures d'usages en provenance de sa propre plate-forme. Elle peut cependant poursuivre cet échange avec d'autres agrégateurs ou des institutions proches en termes de discipline, notamment pour une accessibilité depuis l'étranger, etc.

Certes elle ne pourra pas supprimer les articles et mesures déjà transmises (sauf clause légale amont). L'agrégateur pourra pendant un certain temps extrapoler sur ces données. Mais cela ne pourra pas durer sans dévaluer complètement la mission “mesure d'usages” de l'agrégateur en question. Cela sera d'autant plus vrai que toutes les institutions source pourront emboîter le pas à la première et assécher complètement l'agrégateur.

Quelles technologies pour transmettre et échanger fichiers, messages (commentaires) et données (métadonnées, mesures d'usage).

  • Git ou équivalent : permet la gestion et la fusion de version. Ce logiciel permet par exemple de fusionner d'éventuels changements apportés au fichier par l'agrégateur et par l'éditeur. D'un côté l'éditeur peut devoir corriger une coquille ou enrichir une structuration XML, alors que l'agrégateur de son côté aura les moyens d'enrichir une bibliographie d'article avec des DOI (c'est le cas de Cairn, du cléo, de Erudit.org, etc.), travail pour lequel l'éditeur n'a ni compétences ni outils.
  • un dépôt Git permettrait aussi de mutualiser les métadonnées. Fichiers .txt, .xml.
  • les mesures d'usage : formats multiples,
  • Activitypub : fédération de commentaires,

À suivre.

2018/06/15 15:55 · chloe · 0 Comments

#Faites ce que je dis…

Pourquoi les chercheurs qui prônent l'ouverture (accès gratuit car travail produit et financé par le salaire universitaire et les fonds publics de recherche), les communs, la fin de l'Auteur avec un grand A et les licences libres publient-ils des ouvrages payants, en leur nom propre (et non dans celui de leur groupe ou labo de recherche) et sous copyright ? Roger T. Pédauque avait pourtant bien ouvert la voie, même si de manière incomplète.

Il faut revoir soit la théorie, soit la pratique, en tout ou partie. Il y a un petit souci de cohérence. Espérons que les droits d'auteur sont reversés à l'université…

2018/06/04 13:50 · chloe · 0 Comments

#Séminaire PDS / EHESS

HAL et les autres archives ouvertes : libre accès aux savoirs, centralisation des données et quantifications néo-managériales ou marketing académique ?

Jeudi 14 juin de 18 h à 21 h, salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris

L'objet de cette séance du séminaire “Politiques des sciences” (https://pds.hypotheses.org/ - Jeudi 14 juin de 18 h à 21 h, salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris) est de s'interroger sur l'évolution du système HAL dans le domaine des arts, lettres, sciences humaines et sociales ainsi que sur sa place actuelle tant vis à vis des débats sur le libre accès aux savoirs que des multiples dispositifs socio-techniques d'accès ouvert aux publications et de revenir à cette occasion sur des enjeux connexes plus anciens et toujours essentiels de concentration de données et quantifications néo-managériales.

Interventions préliminaires : Chloé Girard (sc.info-com / Paris 10), Hugo Harari-Kermadec (sc.économique, ENS-Cachan), Pablo Rauzy (sc.informatique / Paris 8), Jérôme Valluy (sc.politique et sc.info-com / Paris 1 et Costech-UTC ; coord. de la séance)

Présentation : Depuis un peu plus de vingt ans, la communication scientifique internationale ne cesse d'évoluer dans un contexte numérique où l'accès ouvert devient une valeur orientant les conceptions socio-techniques : archives ouvertes des chercheurs, revues électroniques et nouvelles offres éditoriales en accès ouvert… Simultanément la numérisation des publications scientifiques et didactiques, anciennes et récentes, accélère la marginalisation des formes anciennes d'éditions et bibliothèques liées à la technologie d’impression sur papier. Dans ce contexte, les établissements français d'enseignement supérieur et de recherche développent des plateformes institutionnelles de publication initiale et/ou réédition en accès ouvert aux finalités multiples : valorisation des activités internes, promotion de l'image d'établissement, concentration des (meta)données de la recherche, surveillance des chercheurs, accès aux ressources documentaires, libre accès aux savoirs… Sur impulsions de segments de la profession documentaliste et de dirigeants d’universités, bon nombre d’établissements préparent des dispositifs de dépôt en accès ouvert sur “archives institutionnelles”… en examinant deux solutions, qui n’en font souvent qu’une seule, favorisant la centralisation des données : 1) HAL ou 2) une archive locale connectée à HAL. Cinq ans plus tôt, l'un de ses concepteur indiquait sur l’évolution de HAL-SHS: “Même si HAL est un outil d’auto-archivage et non d’évaluation, il est de fait utilisé dans ce sens.” …ce qui ne va pas sans poser des problèmes, en SHS où les évaluations bibliométriques de chercheurs et équipes, comme quantifications néo-managériales utilisées en gestion des ressources humaines, sont très contestées depuis plus de dix ans. Par ailleurs, l'observation des dépôts sur HAL dans diverses disciplines font apparaître un grand nombre de fiches signalétiques sans texte intégral dont les finalités pourraient être tournées vers la promotion des publications plus que leur mise à disposition en accès ouvert. L'objet de cette séance du séminaire “Politiques des sciences” (https://pds.hypotheses.org/ - Jeudi 14 juin de 18 h à 21 h, salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris) est de s'interroger sur l'évolution du système HAL dans le domaine des arts, lettres, sciences humaines et sociales ainsi que sur sa place actuelle tant vis à vis des débats sur le libre accès aux savoirs que des multiples dispositifs socio-technique d'accès ouvert aux publications et de revenir à cette occasion sur des enjeux connexes plus anciens et toujours essentiels de concentration de données et quantifications néo-managériales.

Textes des intervenants :

2018/05/30 12:12 · chloe

#Wikipedia n'a pas de rédaction donc Wikipedia n'est pas une source (2) Petites précision par rapport au billet précédant :

Par *auteur* il faut aussi entendre *rédaction*, d'où mon changement dans le titre de ce billet. On peut attribuer sa confiance à une source morale par le biais de la confiance accordée non pas aux auteurs proprement dits mais à sa *rédaction*. On ne sait pas exactement qui a écrit un article donné mais on sait qu'il a reçu l'aval de sa rédaction dont la raison d'être est précisément de définir des critères de *qualité*, *justesse*, *méthode*, etc (notions trop complexes pour ne pas les mettre entre parenthèses dans un billet si court).

WP n'a pas plus de *rédaction* qu'elle n'a d'auteurs. Par contre elle a une fondation, Wikimedia, laquelle a des orientations (libre, collaboratif, etc…). Ces orientations sont détachées de la notion de crédibilité du contenu (simplement parce que ça n'est pas son objet), ce pourquoi le lecteur ne peut pas baser sa confiance sur Wikimedia.

La confiance est une relation. Or sur le plan de la confiance le lecteur de WP n'a personne avec qui créer cette relation. Elle ne peut donc être source de confiance.

2018/05/05 15:53 · chloe

#Wikipedia n'a pas d'auteurs donc WP n'est pas une source.

Une petite réflexion au sortir du séminaire *Construction de l'autorité numérique* (URFIST-ENC, Paris) et de la présentation *Wikipédia et les liens unissant confiance, crédibilité et autorité des sources* par Gilles Sahut (université de Toulouse).

Au sujet de ses résultats d'enquête montrant le manque de confiance dans Wikipedia auprès des élèves allant du secondaire au master, j'évoque l'absence de sources, au sens d'auteurs identifiés. Gilles Sahut me répond que la source est Wikipedia elle-même, que les lecteurs citent bien WP comme leur “source”.

Pour aller plus loin il faut distinguer :

  • source géographique, au sens de localisation, d'origine : “ça vient de là”,

et

  • source de confiance : “je fais référence en matière de crédibilité”.

Selon cette distinction, certes WP est une source au sens “géographique” du terme, et cité comme telle pas ses lecteurs. Mais est-ce “source de confiance” ?

Dans WP, à moins d'en connaître les arcanes, les lecteurs n'identifient pas d'auteurs physiques : l'“auteur” WP est non apparent a prime abord, collectif et peu documenté (IP, pseudo, peu ou pas d'infos de références). La plupart des lecteurs de WP lisent donc des articles “sans auteurs”.

Or selon le modèle confiance/crédibilité/autorité présenté par Sahut la confiance se construit notamment sur la fiabilité de la source, de l'auteur (fiabilité = crédibilité à long terme → autorité)4)

Et est-ce que ça n'est pas la fiabilité des auteurs (sources physiques) qui fait la fiabilité de la source morale (Wikipedia, Le Monde, La revue unetelle…), comme ce sont les documents qui font la fiabilité de l'auteur ? Dans ce cas, WP n'ayant pas d'auteurs identifiables auxquels accorder de la fiabilité peut-elle devenir une source de confiance ?

Dans ce sens je réitère mon affirmation : WP n'a pas de sources (auteurs identifiés auxquels les lecteurs peuvent attribuer de la fiabilité) et ne peut donc pas elle-même être une source (au sens de “source de confiance” et selon le modèle établi aujourd'hui de l'attribution de la confiance).

C'est le résultat d'un choix éditorial qui fait aussi tout l'intérêt de WP à différents titres et ne préjuge en rien de sa justesse.

2018/05/04 15:06 · chloe · 0 Comments

#Pour la reproductibilité de la recherche : mentionner outils logiciels, versions, sources et réglages

https://www.acm.org/publications/task-force-on-data-software-and-reproducibility

Fondamental ! À l'instar de biologistes déclinant les références de leurs outils, le nombre de tours/mn d'une centrifugation ainsi que les quantités de µl de telle ou telle solution utilisée dans une expérience, nous devons pour toute exploitation de données indiquer les logiciels, leur version, leur source et les réglages/paramètres utilisés.

Quels sont les projets en humanités numériques en France qui ont conscience de cette problématique et s'y conforment ?

2018/04/26 18:04 · chloe · 0 Comments

#Comité pour la science ouverte Quelques propositions et remarques formulées dans ma candidature comme membre du groupe-projet Logiciel libre - Open source du Coso : http://www.bibliothequescientifiquenumerique.fr/ami-pour-la-constitution-du-comite-pour-la-science-ouverte-coso/


[…]

Je compte 10 ans d’engagement associatif et professionnel dans le développement et le soutien au logiciel libre. J’en ai une expérience très concrète, y compris dans ses difficultés et échecs, et ai observé de nombreuses initiatives dont beaucoup sont restées isolées, difficile voire impossible à maintenir.

###Maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre Je fais aujourd’hui le constat suivant, que la mention que vous faites de « Software Carpentry » illustre bien : d’une part l’édition logicielle, en particulier libre, est encore considérée comme une activité « annexe » qui peut être assurée au sein de laboratoires n’ayant que peu de ressources, en particulier humaines, pour de tels travaux. D’autre part on considère que les chercheurs peuvent apprendre à coder pour répondre à leurs besoins.

Dans le contexte d’un groupe-projet Logiciel Libre – Open Source j’apporterais clairement une orientation contraire et la nécessité de changer le statut donné au développement logiciel pour la recherche. Il ne s’agit pas d’enseigner aux chercheurs à coder mais bien de reconnaître que la recherche, dans toutes les disciplines a besoin de développeurs experts. C’est aux chercheurs de monter des cahiers des charges fonctionnels (exprimer le besoin) en collaboration avec des développeurs, et à ces derniers de transmettre à leurs collègues chercheurs une certaine littératie informatique, sans que ceux-ci ne deviennent en aucun cas développeurs. Le dialogue avisé entre les deux expertises est indispensable mais chacun est expert en son seul domaine, sauf exceptions.

Je crois que la première tâche d’un tel comité serait donc de renverser ce point de vue auprès des autorités de la recherche, à tous les niveaux. De la même façon qu’on ne demande pas aux laboratoires de recherche en biologie d’élever leurs souris ou de fabriquer leurs centrifugeuses on ne peut demander aux chercheurs, quelle que soit la discipline, de développer leurs propres logiciels. L’informatique est une science à part entière et le développement logiciel un métier. Les chercheurs non développeurs doivent être maîtres d’ ouvrage et non maîtres d’œuvre logiciel libre.

Pour autant il ne s’agit pas de centraliser le développement de logiciels « couteau-suisse » qui répondraient aux besoins de chacun. Comme pour toute recherche, la multiplicité des projets est indispensable. Certains projets libres, tels que des moteurs de recherche comme SolR par exemple, peuvent répondre à de nombreux besoins. Ce qui n’empêche pas le développement de Philologic plus orienté « humanités ». Pour des besoins fins et des approches diverses une liberté de développer est nécessaire, ne serait-ce que pour des « briques » logicielles.

###Des départements de R&D informatique auprès des chercheurs Cela implique de créer, au sein des institutions de recherche ou à l’extérieur, des « départements de R&D » spécialisés dans le développement de LL pour la recherche. Le modèle de l’Adullact, que j’observe depuis de nombreuses années me semble un excellent cas d’étude dans ce sens. L’Adullact a pour objectif de soutenir et coordonner l'action des Administrations et Collectivités territoriales dans le but de promouvoir, développer et maintenir un patrimoine de logiciels libres utiles aux missions de service public. J’avais moi-même envisagé il y a quelques années un projet de forge logiciel libre pour les métiers de l’édition (https://framablog.org/2011/09/14/forge-metiers-edition-chloe-girard/), qu’elle soit publique ou privée, libre ou payante. Ce projet a été laissé en suspend faute de temps.

De telles structures, qui offrent des moyens et cadres de développement professionnels aux chercheurs rendent caduques de telles choses « qu’un canal pour suivre l’évolution des bonnes pratiques de développement des logiciels, et accéder à des formations pertinentes pour améliorer la réutilisabilité des logiciels qu’ils développent ou adaptent ». Les développeurs professionnels ont cette expertise et les chercheurs méritent de travailler avec de tels experts qui leurs transmettent au passage ce savoir. Je parle d’expérience.

###Documenter outils et méthodes En accord avec vous et l’ACM5), il m’apparaît très important de labelliser des articles offrant les moyens de la reproductibilité en donnant les liens vers les logiciels. À quoi il faudrait ajouter le détail des « réglages » de ces logiciels au cours de la recherche, à l’instar des méthodologies techniques dans un article de science « dures ». Mentionner les outils, indiquer leur version, leurs réglages et leurs dépendances. Cela manque notamment dans la plupart, pour ne pas dire tous les projet d’humanités numériques que j’étudie.

###Licences La question des licences m’apparaît comme déjà très documenté (voir notamment Benjamin Jean, « Option Libre. Du bon usage des licences libres », sous licence LAL 1.3 ; GNU FDL ; Creative Commons By-Sa, 978-2-9539187-4-8, Décembre 2011, Framasoft, librement téléchargeable) mais il s’agirait peut-être en effet de produire une documentation simplifiée, sous forme de wiki destiné précisément aux chercheurs/développeurs. Mais dans un contexte de structures de développement expertes, la question des licences ne serait pas laissée à des chercheurs non développeurs démunis face à ces licences.

###Valorisation Quant aux questions de valorisation, deux questions se posent :

  • d’une part la valorisation sur le plan scientifique : c’est un point fondamental qui doit en effet être défendu par le Coso. La maîtrise d’ouvrage dans le développement d’un logiciel « métier » est en effet un travail scientifique.
  • d’autre part la valorisation économique : c’est un problème que les éditeurs de logiciel libre connaissent bien. Il faut lire sur ce point l’ouvrage de François Élie (professeur de philosophie, développeur autodidacte et président de l’Adullact), « L’Économie du logiciel libre ». Le logiciel étant libre n’importe quelle structure peut ensuite commercialiser du service ou des licences (rien n’empêche de commercialiser du logiciel libre !), y compris une unité de recherche si son statut le lui permet. À partir du moment où les sources sont libres, n’importe qui peut acheter du service à ses développeurs si cela l’intéresse. Ce qu’une unité de recherche peut valoriser économiquement sur un logiciel libre c’est son expertise sur celui-ci pour évolution et maintenance, création d’un module, etc. Comme l’écrit François Élie, « un logiciel libre est gratuit une fois qu’il a été payé ». Le Coso peut certainement documenter les modèles économiques du logiciel libre auprès des chercheurs, c’est un point également important, lié de très près aux questions de licences.

###Moissonnage des projets En ce qui concerne une cartographie des initiatives existantes, ainsi que des acteurs et de leurs pratiques je suis d’avis qu’il faut éviter à tout prix les registres centralisés à maintenir, qui ne sont jamais assez maintenus. Comme pour les ressources documentaires (par exemple norme et protocole DC-OAI), je préconise que chaque équipe de développement publie des métadonnées normées sur son projet logiciel, métadonnées moissonnées et publiées en temps réel sur une plate-forme. Le Coso pourrait réfléchir à une norme façon Dublin Core mais pour les projets logiciel libre et Open Source, si une telle norme n’existe pas déjà.

[…]

2018/04/24 11:20

#There is no cloud

2018/03/13 18:38 · chloe

Ok, Google, ne me calcule pas

L'expression “(ne pas) calculer quelqu'un” s'emploie pour dire (ne pas) remarquer, ignorer, snober quelqu'un, volontairement ou pas.

Au cours de la séance du 4 décembre du séminaire “Éditorialisation et écritures numériques” a été évoquée, ce qui n'est pas nouveau, la question de la calculabilité de nos comportements et par voie de conséquence de notre “identité” sur le web. Dans le numérique, environnement de calcul, nous sommes toujours calculés, toujours remarqués, toujours identifiés.

Où l'on regrette de ne pas être plus souvent snobés…

2017/12/05 13:18 · chloe · 0 Comments

L'absence de volume visible ou l'aspect zen du livre numérique

Beaucoup ont regretté, depuis son avènement, que le livre numérique ne nous permette plus de nous rendre compte de notre état d'avancement dans notre lecture. “Où en suis-je par rapport à la fin ?”
Je propose que nous le prenions comme un outil vers le zen, une opportunité d'être “ici et maintenant” : “je suis là ou je suis dans ma lecture. La fin arrivera quand elle arrivera.”

C'est aussi peut-être la fin du “trop gros” livre pour nos jeunes ou moins jeunes lecteurs…

2017/12/05 13:06 · chloe · 19 Comments

Des dispositifs qui jouent et des humains qui lisent

Je me réjouis, en lisant le texte de Louise Merzeau, « Éditorialisation collaborative d’un événement »6), de lire cette phrase :

le dispositif permet d’apprivoiser la densité conceptuelle et langagière des interventions en la rendant jouable.

C'est le terme jouable qui m'intéresse ici en ce qu'il rejoint ma réflexion sur le vocabulaire de substitution à outil (et autres dispositifs, machines, supports, etc.) “de lecture”. Il y a peu j'en appelais ici à un terme en français équivalent à “player” : moteur, projecteur, propulseur…

Les dispositifs jouent nos discours et les humains les lisent.
Merci Louise.

2017/11/02 21:57 · chloe · 0 Comments

Chapitre et numérique

Dans le cadre d'un colloque sur le chapitre à l'université de Montréal, Marcello Vitali-Rossati, parlant de la discrétisation inhérente au numérique dit

dans le numérique on doit renégocier les formes de discrétisation

dans le sens où, là où nous avions sur le papier des chapitre, sections, paragraphes, etc, quelles sont les unités minimales de discrétisation qui peuvent légitimer le discours, à l'instar du chapitre qui “marque” le livre ?

Pourquoi cet impératif de renégociation des formes de discrétisation ? Le grain “chapitre” est défini par l'auteur7). Il peut faire 100 pages comme une ligne. C'est une décision auctoriale. Le chapitre est un élément narratif, il n'a pas de dimension, que l'on soit dans le monde analogique ou numérique. L'auteur y met ce qu'il veut : un vers, cent pages ou une vidéo. L'auteur peut aussi rédiger un livre sans chapitre.

Quant à l'étendue des segments, si le bit est peut-être l'unité minimale du numérique, la molécule d'encre en est-elle l'équivalent sur le papier ? Quant au web comme unité la plus grande, je verrais en parallèle le texte de Michel Foucault sur le livre comme “nœud dans un réseau” :

[…] l’unité matérielle du volume n’est-elle pas une unité faible, accessoire, au regard de l’unité discursive à laquelle il donne support ? Mais cette unité discursive, à son tour, est-elle homogène et uniformément applicable ? Un roman de Stendhal ou un roman de Dostoïevski ne s’individualisent pas comme ceux de La Comédie humaine ; […] C’est que les marges d’un livre ne sont jamais nettes ni rigoureusement tranchées : par-delà le titre, les premières lignes et le point final, par-delà sa configuration interne et la forme qui l’autonomise, il est pris dans un système de renvois à d’autres livres, d’autres textes, d’autres phrases : nœud dans un réseau. […] Le livre a beau se donner comme un objet qu’on a sous la main ; il a beau se recroqueviller en ce petit parallélépipède qui l’enferme : son unité est variable et relative8).

Tout cela pour dire que la rupture logique entre l'analogique et le numérique ne me semble pas fortement établie en matière de discrétisation des éléments du discours.
De quel ordre est donc cette rupture, si tant est qu'il y a rupture ?

2017/11/02 21:40 · chloe · 0 Comments

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1)
Paveau, Marie-Anne. « Ce qui s’écrit dans les univers numériques. Matières technolangagières et formes technodiscursives », Itinéraires. Littérature, textes, cultures, nᵒ 2014‑1, février 2015. journals-openedition-org.faraway.parisnanterre.fr, doi:10.4000/itineraires.2313.
2)
Vignola, Éric, 2009, Du blogue au livre. Réflexions sur la nature générique du blogue, Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, Département des littératures de langue française, [En ligne], http://fondationlitterairefleurdelys.wordpress.com/2013/04/10/du-blogue-au-livre-reflexions-sur-la-nature-generique-du-blogue/
3)
in Milon, Alain, et Marc Perelman. *Le livre et ses espaces*. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2007.
6)
Louise Merzeau, « Éditorialisation collaborative d’un événement », Communication et organisation, 43 | 2013, 105-122. http://communicationorganisation.revues.org.faraway.u-paris10.fr/4158
7)
1 ou des auteurs, anonymes comme identifiés…
8)
Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.
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